8 décembre 2006
Tribune parue dans "Les cahiers de la compétitivité"
Supplément du journal "Le Monde" du samedi 9 décembre 2006
"En juin 2007, le centre de recherche d'AstraZeneca à Reims inaugurera de nouvelles installations visant à doubler ses capacités de recherche. Spécialisé dans la lutte contre le cancer et notamment les mécanismes de l'anti-angiogenèse et de l'invasion tumorale, ce centre est l'un des 11 sites mondiaux de R&D du groupe pharmaceutique anglo-suédois.
Découvreur de concepts thérapeutiques tels que l'inhibition de la pompe à protons ou l'anesthésie loco-régionale, le groupe a toujours été dans le peloton de tête des laboratoires innovants. Ces innovations ont transformé l'exercice médical et la vie des malades. De telles avancées sont-elles encore possibles aujourd'hui ? Encore faut-il que toutes les conditions économiques, scientifiques, et juridiques soient réunies, car le modèle de l'industrie pharmaceutique a profondément changé.
La valorisation du progrès thérapeutique et sa concrétisation sous forme de médicaments se heurtent à des contraintes nouvelles.
La complexité des savoirs, la nécessité de maîtriser des paramètres toujours plus nombreux, le recours à une technologie de pointe, conduit l'industrie pharmaceutique à s'ouvrir, à échanger, à rechercher les compétences là ou elles peuvent exister. Cette confrontation des expertises entraîne une accélération des coopérations entre les équipes de recherche privées, l'université et les instituts de recherche publique. Au sein d'AstraZeneca, par exemple, ce phénomène s'est concrétisé avec plus de 1700 partenariats dans le monde entier pour former des équipes multidisciplinaires et multiculturelles. Ce partage du savoir conduit également à nouer des alliances nouvelles avec les autres acteurs comme les sociétés de biotechnologies. Celles-ci peuvent comme dans le cas d'AstraZeneca déboucher sur une acquisition aussi majeure que celle de Cambridge Antibody Technology, l'une des biotechs jes plus respectée au niveau mondial.
Cette nouvelle communauté de chercheurs conduit tout naturellement à s'interroger sur les conditions d'émergence de ce nouveau savoir et sa traduction pour le patient et la communauté médicale.
Quelles sont les conditions idéales pour valoriser ces nouvelles connaissances et ces nouveaux réseaux afin qu'ils se traduisent en progrès thérapeutiques tangibles ? Quel environnement va permettre à ces structures de donner le meilleur d'elles-mêmes ?
Force est de constater que les Etats Unis sont les premiers à prendre en compte ce changement de modèle et à encourager cette fécondation des idées et que les pays d'Europe occidentale accusent déjà un retard inquiétant. Combler ce retard, encourager ce nouveau modèle fondé sur le progrès technologique et le partage des savoirs est un enjeux majeur.
L'autre contrainte qui pèse sur l'activité pharmaceutique dans sa dimension scientifique est étroitement liée à cette problématique. Ce nouveau modèle accélère le processus de recherche. Toutefois la transition vers les phases de développement et l'enchaînement de ces séquences cliniques demeurent problématique. Le pari de la recherche est en effet de prédire si son objet a une certaine probabilité de succès sur une population donnée. Cela suppose un modèle prédictif d'efficacité et de sécurité thérapeutique à découvrir car l'expérience dans ce domaine est très fragmentée. Cette gestion de la transition prendra encore du temps. Ne faudrat-il prendre en charge que les progrès thérapeutiques,les plus signifiants ? Comment intégrer les modèles de prévention dans l'offre thérapeutique existante ? Comment les valoriser ? Avec le vieillissement de la population et l'apparition à grande échelle de pathologies jusqu'alors circonscrites à des groupes d'individus ou à certains continents, ces questions appellent des réponses nouvelles."