PREVEN’IR : UN PROGRAMME INÉDIT DE TÉLÉSURVEILLANCE DE LA MALADIE RENALE CHRONIQUE EXPÉRIMENTÉ EN RÉGION CENTRE-VAL-DE-LOIRE POUR AMÉLIORER LA PRISE EN CHARGE DES PATIENTS ET PERMETTRE UNE MEILLEURE COORDINATION ENTRE MÉDÉCINS GÉNÉRALISTES ET SPÉCIALISTES



Fréquente, silencieuse et progressive, la maladie rénale chronique est associée à une morbidité significative des patients ainsi qu’à une augmentation des risques cardiovasculaires. Dans sa forme la plus sévère, elle nécessite une mise sous dialyse, parfois en urgence. C’est dire l’importance d’un dépistage précoce pour ralentir l’évolution de la maladie et éviter certaines complications. En région Centre-Val-de-Loire, 45% des patients démarrent une dialyse en urgence soit 2 fois plus que la moyenne nationale1. Dans cette région à faible densité médicale, les patients ont une accessibilité dégradée aux médecins généralistes comme aux  médecins néphrologues, inférieure de 20% à la moyenne nationale2,3. Face à ce constat, les professionnels de santé de la région ont développé un programme pour favoriser un dépistage et une prise en charge précoces des populations à risque. Baptisé PREVEN’IR, celui-ci repose sur l’utilisation de la télésurveillance et favorise la coordination interprofessionnelle. Déployé en ville, il fait intervenir les Communautés Professionnelles Territoriales de Santé (CPTS), des Maisons de Santé Pluriprofessionnelles (MSP) et des centres de santé, qui peuvent recourir si besoin à l’expertise d’un néphrologue. PREVEN’IR s’appuie sur NephroWise, une solution innovante développée par la société Sêmeia, avec le soutien d’AstraZeneca.




La maladie rénale chronique : une pathologie à surveiller étroitement

Une maladie sévère, progressive et silencieuse

La maladie rénale chronique (MRC) se caractérise par une altération du fonctionnement des reins. Elle est définie, indépendamment de sa cause, par la présence, pendant plus de 3 mois, de marqueurs d’atteinte rénale et/ou d’une insuffisance rénale chronique (débit de filtration glomérulaire estimé < 60 ml/min/1,73 m²). Les principaux facteurs de risque de la MRC sont le diabète, l’hypertension artérielle ou l’obésité. Dans de nombreux cas, cette maladie irréversible – qui compte cinq stades - progresse silencieusement pendant plusieurs années.

La MRC est associée à une morbidité significative des patients, ainsi qu’à une augmentation des risques d’événements cardiovasculaires, tels que l’insuffisance cardiaque et les décès prématurés. Dans sa forme la plus sévère, la maladie rénale terminale, les dommages sur le rein et détérioration de la fonction rénale ont progressé jusqu’à une étape où la dialyse ou la transplantation rénale sont inévitables.

Un dépistage qui repose sur la surveillance des patients à risque

Il est possible de ralentir l’évolution de la MRC et donc d’éviter ou de retarder certaines complications.

Ceci suppose un dépistage de la maladie, et donc une surveillance étroite et régulière du patient permettant la mise en place rapide d’actions appropriées de la part du médecin généraliste. Cependant, le dépistage – et donc le suivi – reste insuffisants et la découverte de la maladie se fait souvent à des stades avancés, nécessitant dans certains cas une mise sous dialyse en urgence.

« La maladie rénale chronique donnant peu ou pas de symptôme pendant très longtemps, un certain nombre de patients arrivent à un stade très avancé de leur maladie et consultent très tardivement le néphrologue. D’après les chiffres, ils sont près de 30% à avoir consulté un spécialiste moins de six mois avant la mise sous dialyse. Dépister mieux les patients potentiellement à risque, notamment ceux atteints de diabète, d’hypertension artérielle, de pathologies vasculaires, est donc essentiel. Dans la littérature, il est démontré que le dépistage des patients aux stades 3a et 3b permet une réelle diminution des risques d’événements cardiovasculaires, rénaux, et de décès. », a expliqué le Pr Jean-Michel Halimi, néphrologue, service de néphrologie, CHRU de Tours.

Près de deux fois plus de patients admis aux urgences pour une hémodialyse en région Centre-Val-de-Loire

En Centre-Val-de-Loire, une région à faible densité médicale, 45% des patients atteints d’une MRC démarrent une hémodialyse en urgence1, contre 28% au niveau national. De plus, le nombre de patients vivant avec un diabète et pris en charge en affection de longue durée (ALD) est supérieur de 20% à la moyenne nationale4. Concernant l’accessibilité d’un médecin généraliste ou spécialiste en néphrologie, celle-ci est inférieure de 20% à la moyenne française2,3.

PREVEN’IR : un programme de télésurveillance expérimenté en ville

Un parcours rénal en ville avec l’expertise du néphrologue

Le programme PREVEN’IR (Parcours rénal en ville avec l’expertise du néphrologue pour les patients insuffisants rénaux) a pour objectif d’améliorer le repérage et le suivi des patients atteints de MRC aux stades 3a, 3b et 4, il s’agit d’un programme de télésurveillance développé par les professionnels de santé en région Centre-Val-de-Loire. Le programme s’appuie sur la capacité de coordination des structures de prise en charge en ville - les communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS), les maisons de santé pluriprofessionnelles (MSP), les centres de santé - mais peut aussi être déployé auprès de médecins généralistes exerçant en dehors de ces structures.

Les acteurs du programme PREVEN’IR

Les médecins généralistes des CPTS, MSP et centres de santé qui intègrent ce programme expérimental ont pour mission l’identification et le suivi des patients, ainsi que la prise de décision médicale facilitée par l’envoi d’alertes régulières fondées sur la synthèse et l’analyse des données issues du dossier médical partagé (DMP) et de ses données biométriques (poids, tension artérielle...). Les médecins généralistes peuvent être soutenus au sein de leurs structures par des infirmiers, infirmiers de pratique avancée (IPA) ou des assistants médicaux. Grâce à la plateforme déployée dans le cadre du programme PREVEN’IR, les médecins généralistes ont la possibilité, pour les patients “complexes”, de solliciter l‘avis d’un néphrologue via une consultation de recours ou la télé-expertise.

Pour aider le médecin généraliste dans le suivi de ses patients en continu, PREVEN’IR s’appuie sur NephroWise, un système expert développé par la société Sêmeia, validé par la Haute Autorité de Santé (HAS) et expérimenté lors du programme ETAPES (Expérimentations de Télémédecine pour l’Amélioration des Parcours de Santé) depuis 2018.

Une solution qui facilite l’exercice du médecin généraliste

NephroWise synthétise les données disponibles dans le dossier médical partagé (DMP) du patient ainsi que les données biométriques (poids, tension artérielle…) qui alimentent un tableau de bord permettant aux médecins généralistes de mettre en place rapidement, si nécessaire, des actions médicales complémentaires pour optimiser la prise en charge des patients atteints d’une MRC.  

Ce système expert facilite l’exercice du médecin et génère des alertes (issues de données d’examens biologiques et de dispensations pharmaceutiques) permettant la détection de signaux faibles justifiant une action médicale (contrôle, prescription d’examens complémentaires, modification de traitement…). Ce dispositif permet un suivi en temps réel de la santé du patient.

« NephroWise est un outil de télésurveillance déjà utilisé dans une quinzaine de centres hospitaliers universitaires pour suivre les patients aux stades avancés de la maladie rénale chronique. L’objectif est d’enrayer l’évolution de celle-ci et d’éviter au patient le recours – souvent en urgence - à la dialyse, grâce à un suivi étroit. A travers cette expérimentation en ville pour les patients aux stades 3 de la MRC, nous souhaitons montrer que la télésurveillance fonctionne également aux stades précoces, avec l’intervention des médecins généralistes. Notre solution bénéfice à ce jour d’un remboursement de la HAS (Haute Autorité de santé) pour les patients à un stade avancé (stade 4). Il s’agit maintenant d’apporter les éléments de preuve qui permettront un remboursement de la télésurveillance pour les stades 3. », a indiqué Daniel Szeiftel, CO et fondateur de Sêmeia.

Un programme amené à s’étendre

PREVEN’IR et sa solution NephroWise bénéficient du soutien d’AstraZeneca pour son déploiement dans la région Centre-Val-de-Loire. Un premier projet relie la Maison de Santé Pluriprofessionnelle Universitaire (MSPU) de Vendôme (Loir-et-Cher) et le service de néphrologie du CHRU de Tours (Indre-et-Loire). L’objectif est d’étendre ce programme avec l’intégration dans cette expérimentation d’autres MSP et CPTS de la région.

« Repérer les patients aux stades 3a constitue pour nous, médecins généralistes, une vraie difficulté car il n’existe aucune plainte de la part des patients. De plus, actuellement, on ne dispose d’aucun outil fiable qui puisse permettre un repérage précis de ces personnes, qui constituent pourtant une population extrêmement importante en région Centre. La solution est de développer, pour les acteurs de soins locaux, des parcours de soin adaptés à la région, à sa population et à sa démographie médicale, très défavorable dans notre territoire. La télésurveillance d’une part et la téléexpertise d’autre part, bien évaluées, peuvent répondre à beaucoup de situations. », a exprimé le Pr Jean-Pierre Lebeau, médecin généraliste, Maison de Santé Pluriprofessionnelle-Universitaire de Vendôme (Loir-et-Cher).


La télésurveillance et le programme ETAPES

 

La télésurveillance médicale est un acte de télémédecine défini à l'article R. 6316-1 du Code de la santé publique : elle « a pour objet de permettre à un professionnel médical d’interpréter à distance les données nécessaires au suivi médical d’un patient et, le cas échéant, de prendre des décisions relatives à la prise en charge de ce patient. L’enregistrement et la transmission des données peuvent être automatisés ou réalisés par le patient lui-même ou par un professionnel de santé ».

Le programme ETAPES (Expérimentations de Télémédecine pour l’Amélioration des Parcours en Santé) a été mis en place pour encourager et soutenir financièrement le déploiement de projets de télésurveillance sur l’ensemble du territoire. Mis en place en 2018, ETAPES a fait l’objet de quatre années d’expérimentations (pour cinq pathologies dont l’insuffisance rénale), arrivées à leur terme en 2022. Ces expérimentations ont permis de faire entrer la télésurveillance dans la liste des actes remboursés par la sécurité sociale. La télésurveillance du patient insuffisant rénal est ainsi entrée dans le droit commun.


Références

  1. Rapport REIN, Agence de la biomédecine, 2019
  2. APL aux néphrologues* = ∑ (Nb de néphro pondéré par la distance de trajet) ÷ ∑ (Nb de patients dans l’aire de patientèle pondéré par le score fonction de la distance) 
  3. DREES
  4. Assurance maladie du 01/07/2020 au 30/06/2021 via REZONE